Publié le 30 Juin 2019

Quel leadership à l'heure des disruptions et des transformations des entreprises?T

Au commencement était Schumpeter.

Schumpeter est avec Ricardo, Smith, Marx, Keynes et quelques rares autres, l’un des économistes dont la renommée dépasse à l’échelle de l’Histoire le cercle des spécialistes. Auteur d’une Théorie de l’évolution économique (1912), Schumpeter y souligne le rôle central de l’entrepreneur comme agent de l’évolution économique.

S’écartant de la définition habituelle de l’entrepreneur, membre d’un groupe social particulier, Schumpeter attribue la fonction d’entrepreneur à tout agent économique qui par son activité, conçoit et réalise de nouveaux produits ou de nouvelles façons de produire, ouvre de nouveaux marchés, exploite de nouvelles ressources ou suscite de nouvelles formes économiques, organisationnelles, matérielles ou immatérielles. Il s’agit d’innovations radicales et non de simples modifications de l’existant. Ces innovations entraînent ce que l’on qualifierait aujourd’hui de disruptions. Pratiques d’abord locales ou minoritaires, elles se juxtaposent, écrit Schumpeter, aux anciennes modalités de production, avant d’être adoptées par un nombre croissant d’utilisateurs puis de s’y substituer.

Caractéristique essentielle de l'entrepreneur selon Schumpeter, celui-ci a le coup d’oeil. Il sait voir dans la situation l’opportunité d’une innovation à saisir, là ou beaucoup d’autres continuent à faire ce qu’ils savent faire, de la façon dont ils ont l’habitude de le faire. On parlerait aujourd’hui de la vision du leader. La vision n’est pas tant un objectif que la proposition d'un futur commun en rupture avec l'état présent. La vision de l'entrepreneur n'a rien d'angélique. Elle est conflictualité, car bien entendu, les tenants du modèle présent ne se laissent pas faire. Ce n’est pas de leur part une simple résistance au changement, c’est la préservation d’une rente. Le célébrissime I have a dream s’inscrit dans une lutte d’émancipation. Space X ébranle le marché des lanceurs.

L’entrepreneur schumpeterien est fort de sa singularité. Il ose aller de l’avant, il ne ressent pas l’insécurité et la résistance comme des arguments contraires. Il décide en dépit du manque de retour d’expérience sur les pratiques nouvelles, entraîne en dépit de la difficulté à modifier les façons de penser. Il surmonte les forces en sens contraire d’un environnement qui se sent menacé par la nouveauté. Ainsi pourrait-on dire que l’entrepreneur croit en lui.

L’entrepreneur est motivé par le rêve de fonder un royaume privé (…), par la volonté de puissance, par la joie de créer, autant de motivations étrangères à la rationalité économique stricto sensu. Avant l’heure, avant ce que l’on a depuis désigné sous le terme d’intelligence émotionnelle, Schumpeter attire notre attention sur l’importance des passions dans le processus de création économique. Sans doute n’est-il pas le premier d’ailleurs.

Schumpeter évoque la fascination de l’entrepreneur devant le pouvoir. Il pointe là un angle mort des manuels de management. Tandis que ceux-ci déclinent à satiété les qualités du bon leader respectueux des autres sur le mode d’un idéaltype, la volonté de puissance, condition nécessaire de l’entrepreneuriat, ouvre sur notre condition humaine et sa part d’ombre. Bien que cela puisse paraître déplaisant, l’exercice du pouvoir renvoie à Machiavel ou Sun Tsu. En période d’intenses transformations, tandis que l’incertain et la menace du risque sont devenus la règle, c’est bien d’esprits certes novateurs, mais surtout bien trempés que la situation réclame.

Enfin, Schumpeter fait cette très intéressante observation que l’entrepreneur ne conserve son leadership que pour autant qu’il exerce son talent d’innovateur. Schumpeter nous dit ainsi que le leadership est une relation réciproque. Il n’est de leadership qu’en raison de ce que le groupe le reconnait. L’explication la plus pénétrante de ce phénomène qui a beaucoup étonné la Boétie (La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576), a sans doute été donnée par Freud. Le leadership naît d’un transfert de l’idéal du moi des individus vers un chef qui l’incarne à un point plus élevé, s’impose par une plus grande liberté émotionnelle et son talent à faire valoir ses idées (Freud, psychologie collective et analyse du moi, 1921). Liberté émotionnelle signifie ici capacité à exprimer avec force des émotions, quelles qu’elles soient. On trouvera dans le contexte politique national et international actuel des illustrations frappantes de cette réalité.

Mais l’actualité de Schumpeter n’est pas tant dans son esquisse des traits de l’entrepreneur, et pour nous du leader, que dans le concept qui fit sa renommée, celui de destruction créatrice. Il est de la nature même du capitalisme, écrit Schumpeter, d’être en mutation permanente. Le moteur en réside dans l’interaction de processus complexes qui modifient de l’intérieur l’organisation sociale et économique existante, éliminant les acteurs et les composants dépassés pour les remplacer par de nouveaux acteurs, agencements, biens et services plus performants. (Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1947).

Le concept de destruction créatrice pose que certaines innovations, rares, sont par leur nature et leur dynamique différentes de la plupart des autres innovations. Leurs effets s’étendent de façon imprévue bien au-delà de leur domaine d’application initial. Un exemple contemporain est celui d’Internet, créé à l’origine comme on le sait pour des raisons de défense nationale durant la guerre froide. Schumpeter émet l’hypothèse, cependant discutée entre économistes, que ces innovations exceptionnelles apparaissent au cours de cycles économiques longs au cours desquels leur développement parvient à détruire le tissu économique et social antérieur et à imposer un nouvel ordre.

A l’ère de la transformation digitale, nous sommes typiquement dans un tel cycle de créations destructrices. Bien que la définition de l’économie numérique fasse débat, il est manifeste que celle-ci s'accompagne de l’émergence d’une gigantesque mutation sur tous les plans de note société (Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle, 2011). Agent économique, l’entrepreneur schumpeterien est un acteur social. Il fait surgir lui-même de nouveaux acteurs, modifiant les chaînes de valeur, imposant ses règles au détriment de concurrents plus anciennement établis. L’exemple emblématique est celui des GAFAM. Ils créent de nouveaux marchés. Ils bouleversent les règles de la concurrence. Ils mettent en cause la souveraineté des états par leurs stratégies de captation de la valeur. Ils impriment de nouvelles habitudes consuméristes et de nouveaux comportements sociaux. Ils suscitent de nouvelles mythologies comme celle du transhumanisme.

Les difficultés posées aux managers par les disruptions en cours sont donc nombreuses. Bien souvent, les réponses sont apportées en termes organisationnels (trouver des organisations agiles) ou comportementaux (adopter des pratiques collaboratives). Mais elles se révèlent insuffisantes et le financement de l’innovation pose problème. La performance de leur financement par la dette s’épuise. Il devient nécessaire de faire appel à des stratégies complexes de recours aux capitaux propres. Le développement de l’innovation passe désormais par la création de montages financiers et juridiques « qui ouvre une nouvelle ère d’exploration et d’expérimentation entrepreneuriale indispensable pour se renouveler» (M. Wessel, Directeur Général de SAP. iO, Pourquoi prévenir les disruptions aujourd’hui est plus difficile que lorsque Clayton Christensen inventa le terme, Harvard Business Review, juin 2018).

L'entrepreneur est donc aussi un explorateur. Il explore et il expérimente. Il s’agit d’une expérimentation bien particulière qui fait muter la découverte du statut d’invention à celui d’innovation. L’invention devient innovation lorsqu’au terme d’un processus d’élargissement social, adoptée par de plus en plus d’individus, elle devient la norme (Norbert Alter, L’innovation ordinaire, 2000). Le leader est tout autant un acteur social qu’économique. C’est la raison profonde de la responsabilité sociale des entreprises.

Aucun amateurisme n’est permis. Le leader s’engage dans son œuvre à ses risques et périls. Les résultats sont rarement garantis à l’avance. Inversement, le mouvement de destructions créatrices qu’il incarne laisse sur le bord de la route ceux qui n’étaient pas armés pour le suivre ou qui arrivent trop tard. C’est le fameux principe du premier rafle la mise des start-up et de l’économie du numérique, the winner takes all.

La question est alors posée : quelle éthique pour les leaders à l’heure des disruptions et de la transformation des entreprises ?

Citations de Schumpeter, extraites des traductions françaises : Théorie de l’économie économique, Dalloz, 1999 ; Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, 1990

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du leadership

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Publié le 1 Janvier 2019

Coaching et neurosciences, je t'aime, moi non plus

Les neurosciences et plus largement les sciences cognitives dont elles sont une branche ont le vent en poupe. Elles suscitent à juste titre par leurs découvertes l’enthousiasme bien au-delà du cercle restreint des experts. Nouvel horizon de nos connaissances des phénomènes psychiques, les neurosciences remplacent dans l’imaginaire collectif ce que furent le behaviorisme et la psychanalyse.

L’objet des sciences cognitives est la cognition ; autrement dit, l’étude des phénomènes concourant à la production de la pensée : attention, mémoire, prise de décision, perceptions, émotions…De nos jours, leur champ recouvre un vaste ensemble de spécialités : logique, mathématique, informatique, intelligence artificielle, biologie, neurologie, linguistique, psychologie, sociologie (Collins, Andler, Tallon-Baudry et autres, La cognition, 2018).

Historiquement, les sciences cognitives trouvent leur origine dans les conférences de Macy (1942-1953) et plus largement dans le mouvement cybernétique (J.P. Dupuy, Aux origines des sciences cognitives, 1994). Dans l’après-guerre, toute une génération de scientifiques, stimulée par l’essor de l’informatique naissante, cherche à mettre en évidence un parallélisme entre le traitement de l’information réalisé par l’ordinateur et le fonctionnement du cerveau humain (J. von Neuman, L’ordinateur et le cerveau, 1956). Turing considéré comme le père de l’informatique, estime que les machines dites intelligentes pensent ; que seules des considérations psychologiques nous empêcheraient de l’admettre (Thuring, Computing Machinery and Intelligence, 1950).

Plus que jamais, le rêve de Leibniz, que la pensée soit un calcul, est devenu d’actualité (Gottfried Leibniz, Dissertatio de arte combinatoria, 1666).

Selon ces scientifiques, la logique formelle et les mathématiques seraient en capacité de rendre compte du phénomène de la pensée et de nos comportements. C’est le sens philosophique profond de la cybernétique créée par Wiener, pour qui pensée et action sont pratiquement indiscernables (Wiener, The Human Use of Human Beings, 1950). Cet enthousiasme naïf s’étend alors à toutes sortes de disciplines des sciences humaines. Il engage certains dans d’illusoires pratiques thérapeutiques de la schizophrénie par le truchement de Bateson et de l’Ecole de Palo-Alto (Gregory Bateson, Vers une écologie de l’esprit, 1972).

Durant la seconde moitié des années 1950, deux courants concurrents au sein des sciences cognitives voient le jour : l’intelligence artificielle (1955), dont les créateurs ont l’espoir de lui faire dépasser l’intelligence humaine, voire refonder la psychologie en la décrivant à l’aide de programmes informatiques (Simon & Newell, General Problem Solver,1957) et une psychologie cognitive qui, en opposition au béhaviorisme alors dominant, s’attache à objectiver les opérations mentales mobilisées dans la résolution de problèmes (Jerome, A Study of Thinking 1956).

Les sciences cognitives restent cependant largement dominées par l’analyse formelle des processus de pensée. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que les neurosciences gagnent en importance, de la volonté des neurobiologistes de rendre compte des processus mentaux par l’étude du substrat biologique (Jean-François Dortier, Histoire des sciences cognitives, 2001).

Les sciences cognitives ne constituent donc pas un corps de connaissances homogènes. Le label sciences cognitives doit être interrogé. On peut, en simplifiant, avancer qu’elles s’organisent autour de deux points de vue, selon que les processus de pensée sont assimilés (réduits) à des opérations logiques, ou bien que l’on considère qu’ils relèvent d'une façon indissociable de mécanismes neurophysiologiques sous-jacents (Brigitte Chamak, Dynamique d’un mouvement scientifique et intellectuel aux contours flous : les sciences cognitives, 2011).

L’approche par l’analyse formelle s'illustre dans les progrès incessants de l’intelligence artificielle. Encore faut-il distinguer au sein de celle-ci des orientations philosophiques fort différentes. L’intention des fondateurs de l’intelligence artificielle était de décomposer l’intelligence humaine en opérations cognitives élémentaires puis de les simuler sur ordinateur. Il s’agit là de l’intelligence artificielle dite faible. D’autres ambitionnent de simuler informatiquement la conscience elle-même. On parle alors d’intelligence artificielle forte. Mais comme le montre J.G Ganascia, on en est encore très loin, si toutefois une telle ambition ne relève pas simplement de l’utopie (Ganascia, Le mythe de la singularité, 2017).

A la fin du 19ème siècle, Santiago Ramòn y Cajal, Prix Nobel de médecine en 1906 pour ses travaux sur le système nerveux, émet le premier l’hypothèse de l’interconnexion des neurones et de leur polarité dynamique (Cajal, Histologie du système nerveux de l'homme et des vertébrés, 1904).

Plus d’un demi-siècle plus tard, dans le contexte cybernétique qui est le leur, Warren Mc Culloch, neurophysiologiste et Walter Pitts, logicien, postulent que cette activité suit un fonctionnement conforme à la logique binaire du tout ou rien. Selon ce modèle, les neurones d’une même chaîne stimulent les neurones suivants par une polarisation (input) positive ou nulle. La polarisation résulte de la somme des stimulations reçues des neurones en amont et ne peut être égale qu’à 1 ou 0. Le système binaire se prêtant au calcul, Mc Culloch & Pitts, tout naturellement pourrait-on dire, cherchent à retranscrire leur modèle de l’activité neuronale sous la forme d’énoncés algébriques. Ils recourent pour y parvenir à un langage créé par Rudolph Carnap, logicien allemand (Culloch & Pitt, A logical calculus of the ideas immanent in nervous activity, 1943).

On sait maintenant que le fonctionnement neuronal ne possède pas les caractéristiques de ce déterminisme binaire. Il est le produit complexe de nombreux facteurs physico-chimiques en action au sein de populations de neurones en interaction constante. Le fonctionnement d’un seul neurone est négligeable et le résultat de leur comportement collectif probabiliste. La question du hasard au cours du déroulement des activités ioniques propres à l’activité cérébrale est du reste posée (Cessac & Berry, Du chaos dans les neurones, Inria, 2010). Plus étonnant encore, de très récentes recherchent tendent à montrer que les neurones sont capables de modifier leur ADN!

Des évolutions technologiques majeures (magnétoencéphalographie, oculométrie TMS, IRMf, NIRS,…) ont permis un développement exceptionnel de nos capacités scientifiques d’investigation. Nous savons un peu mieux aujourd’hui comment les processus psychiques s’enracinent dans le substrat biologique du cerveau. On estime que celui-ci est composé d’un peu plus de 85 milliards de neurones, connectés entre eux par 160.000 km de fibres (4 circonférences terrestres). Dès 1949, D. Hebb avait émis l’hypothèse démontrée depuis, que l’organisation des connexions synaptiques entre neurones qui assure ce câblage est fortement modifiée par l’expérience.

Ce câblage s’organise dans le cortex cérébral autour d’environ 400 aires dont les fonctions sont complexes. Il n’existe pas de correspondance univoque entre les aires et les fonctionnalités. La « théorie » des cerveaux gauche et droit n’a aucun fondement. Il s’agit d’une légende tenace exprimée dans les années 70 par trois neurologues de l'Université Harvard, Geschwind, Levitsky et Galaburda. Extrapolation hâtive de travaux sur la latéralisation du cerveau, elle n’a jamais été prise au sérieux par les neurologues. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Utah dirigée par Jeff Anderson en a démontré l’inanité (2013).

Des protocoles expérimentaux ont été mis au point rendant possible l’analyse de perceptions inconscientes (A. Marcel, Conscious and Unconscious Perception : Experiments onVisual Masking and Word Recognition, 1983) ou l’objectivation de tâches subjectives en mettant en évidence que percevoir un stimulus visuel et l’imaginer activent de la même manière le cerveau occipital (Denis le Bihan, Le cerveau de cristal, 2012). Cependant les sciences cognitives demeurent très loin de disposer d’une théorie de la conscience, repoussant ainsi vers un très hypothétique lointain toute velléité transhumaniste de numériser cette dernière.

Une autre légende en vogue est celle du cerveau quantique. Selon cette dernière, la physique quantique aurait permis la découverte de fabuleuses propriétés du cerveau. Elle trouve son origine dans une hypothèse hautement spéculative émise par Roger Penrose, immense physicien et mathématicien britannique. Le phénomène de la conscience trouverait son origine dans des processus quantiques se produisant au sein des microtubules neuronales, sortes de fibres qui contribuent à structurer les neurones (Penrose, Les ombres de l’esprit, 1994).

Les phénomènes quantiques concernent l’univers des particules élémentaires et sont très rares à l’échelle macroscopique qui est celle des tissus cellulaires (laser, supraconducteurs, peut-être la photosynthèse ,…). De puissants obstacles théoriques paraissent s’opposer à la spéculation de Penrose, notamment celui de la décohérence quantique, qui rend compte précisément de la disparition au niveau macroscopique des états superposés des particules en raison de leurs interactions avec l’environnement.

En 2015, des chercheurs australiens des universités de Sydney et du Queensland semblent d’ailleurs avoir démontré l’impossibilité de la spéculation de Penrose en raison de la température que de tels phénomènes produiraient dans le cerveau (100 millions de degrés Kelvin).

Les neurosciences font avancer notre compréhension des interfaces cerveau-machine, permettant en médecine la correction de certains handicaps moteurs, ou l’implant de neuro-prothèses sensorielles cochléaires ou rétiniennes. Leur application au renforcement de nos capacités cérébrales (mémoire, attention,,…) laissent par contre sceptique la communauté scientifique (Collins, Andler, Tallon-Baudry et autres, La cognition, 2018). Ainsi, toutes sortes de programmes à prétention pédagogique ou de développement personnel, relèvent au mieux d’un marketing bien pensé, au pire, de l’ignorance, bien souvent des deux.

Un coaching efficace est un coaching qui avance sur des connaissances contrôlées. Son univers est celui des milliards d'interactions pour une part imprévisibles entre l'individu et son environnement. Les neurosciences, plus modestement, tâchent d'y voir plus clair sur ce qui est observable et reproductible du fonctionnement du cerveau. Le temps du coaching nourri aux neurosciences n’est pas encore advenu.

#ExecutiveCoaching #Neurosciences #SciencesCognitives

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du coaching

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Publié le 10 Novembre 2018

Le Coach, le Manager et la Décision (V2)

Le coaching individuel se concentre par définition sur la personne. Ce parti pris se concrétise lors de la définition préalable des objectifs que le coaché devra avoir atteint au terme du coaching.

Dans le cas du coaching d’un manager, ces objectifs relèvent généralement de deux catégories : psychologiques et managériaux. Psychologiques : amélioration du relationnel, stabilisation de l’émotionnel, gestion du stress… Managériaux : développement du leadership, de l’efficience, gestion des priorités… Il arrive que le coaching ait un objectif de pilotage de carrière : prise de fonction, mise en perspective de la trajectoire professionnelle ; stratégique : positionnement du coaché dans l’organisation, préparation à des enjeux forts, pilotage d’une transformation…

Manager, c’est organiser. La prise de décision constitue un nœud commun à tous ces coachings, que le manager soit en situation hiérarchique ou transverse, manager de proximité ou cadre dirigeant. On pourrait s’attendre à ce que le manager prenne logiquement les décisions qui lui paraissent les plus susceptibles d’atteindre les objectifs affectés à sa mission.

Toutefois, dès que la situation présente un minimum de complexité, le manager est confronté à l’incertitude du résultat de son action. Son rapport au risque, le poids des usages, le coût des ressources à engager et bien d’autres éléments économiques, culturels et psychologiques entrent alors en jeu et influencent son discernement.

Le coaching fournit un cadre propre à la prise de recul en recourant à des techniques issues de divers courants de la psychologie (Psychologie humaniste, Gestalt, Palo-Alto, AT…).

Au risque de surprendre, c’est d’une toute autre perspective théorique, celle de la critique de la théorie classique de la décision engagée par Herbert Simon, Prix Nobel d’Economie 1978, que le coaching peut espérer gagner en profondeur lorsqu’il s’agit d’accompagner le manager dans sa prise de décision.

La théorie de la décision s’est construite depuis deux ou trois siècles sur la base d’une formalisation mathématique des choix des agents économiques confrontés à l’incertitude en postulant la rationalité de leurs comportements. Parfaitement informés de l’état de leur environnement, leurs décisions sont censées être guidées par l’atteinte d’une maximisation des gains ou une utilité maximale de l’action. L’agent économique de la théorie économique classique est une abstraction.

H. Simon prend le contrepied de cette construction. Analysant les processus de décision dans les organisations, il observe que les individus ne se comportent pas toujours de la façon logique attendue. Tandis que la théorie classique qualifierait ces comportements d’irrationnels, H. Simon leur accorde le statut de comportements pertinents du point de vue de l’acteur au regard de la situation (Simon, Administrative Behavior, 1945).

Poussant son analyse, H. Simon relève que l’individu réel ne possède pas les capacités mentales qui lui permettraient de saisir toute la complexité des situations. Loin de disposer d’une information complète sur son environnement, il procède à une évaluation séquentielle des options au fur et à mesure qu’il les découvre (Models of man socials and rational, 1957).

Limité dans ses ressources, il met un terme à sa réflexion dès lors qu’il estime être parvenu à une solution satisfaisant ses aspirations. Là où l’agent de la théorie classique calcule à l’instar d’un ordinateur, son intuition est essentielle à sa prise de décision.

L’analyse de la décision de Simon a été reprise en France par Michel Crozier. En l’appliquant à la sociologie des organisations, Crozier montre que la décision ne peut pas être uniquement comprise en raison de son but. Elle est l’expression d’une stratégie comportementale adoptée, consciemment ou non, par un individu acteur, inséré dans des réseaux de pouvoir, de règles de gestion et d’allocation de ressources (Crozier, Le Phénomène bureaucratique, 1965).

De nombreuses études ont montré en outre que les préférences de l’individu sont instables, ambiguës, contradictoires. Il s’ensuit que celui-ci a une vision partielle, pour ne pas dire imprécise, voire contradictoire de ce qu’il recherche (E. Friedberg, Rationalité et analyse des organisations, 2011).

L’enjeu du coaching de prise de décision est donc d’aider le manager à stabiliser ses préférences en clarifiant sa propre stratégie et en la resituant dans le système complexe des jeux de pouvoir actifs au sein de son organisation, qui ne sont décrits, et pour cause, dans aucun organigramme ni aucune procédure de gestion.

Pour y parvenir, le coaching doit passer du symptôme au problème. Le symptôme c’est ce qui se voit, le dysfonctionnement observable. Généralement, le coaching est prescrit sur la base du symptôme. Ainsi tel coaching est initié au motif d’une communication défectueuse, d’un leadership à la peine, d’un relationnel difficile…

Le symptôme est une information incomprise (François Dupuy, Sociologie du changement, 2004). Il n’est pas une défaillance individuelle du manager mais un événement de l’organisation. Passer du symptôme au problème, c’est passer de ce qui se voit dans le comportement du manager à ce qui se joue pour lui dans l’organisation. Ceci ne diminue en rien la responsabilité individuelle, ni ne rend inopérant le travail en cours de coaching sur les représentations ou les émotions.

Au cours du coaching, la mise à jour des logiques implicites de décision permet au manager l’identification des leviers d’action. Initialement centré sur le coaché, le coaching le conduit à approfondir sa compréhension du contexte et de ce qui s’y joue.

 

#Coaching  #Management  #Décision  

 

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du coaching

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Publié le 13 Octobre 2018

J’ai écrit dans un précédent article (Une trop brève histoire du coaching) que le coaching s’est développé à partir des années 1970/80 comme un moyen de compenser l’affaiblissement de la capacité des entreprises à organiser centralement le travail. La charge en fut reportée sur le management peu préparé à ce nouveau rôle.

On constate encore aujourd’hui combien aucune doctrine managériale n’a véritablement pris la place centrale qu’occupait la théorie « classique » de l’organisation conçue par Taylor au début du XXème siècle. En douterait-on qu’il faudrait alors s’interroger sur la succession incessante des modes en ce domaine.

Les Trente Glorieuses touchaient à leur fin, et avec celle-ci, la fin du plein emploi et du compromis fordiste. Pour de très nombreuses raisons qu’il est inutile de rappeler ici, la certitude que le futur serait synonyme de progrès social fut peu à peu remise en cause et la question du sens du travail s’en trouva posée (R. Sennett, Le Travail sans qualité, 2000), voire celui de sa fin (J.Rifkin, la Fin du Travail, 1995).

L’émergence du coaching permit de fournir aux managers de nouveaux outils facilitant la prise de recul et un pilotage plus attentif des relations interpersonnelles de travail.

Dans le même temps, la culture managériale se répandit jusque dans des activités extérieures au secteur marchand : Ecole, Santé, Ministères, y diffusant ses modes de gestion et avec eux le coaching (DGAFP, Le coaching dans la fonction publique, 2011).

De nos jours, le sens de coaching s’est encore élargi. Le coaching s’inscrit dans la très vaste mouvance des techniques de développement personnel (Yves Michel et autres : Le Livre Blanc du Développement Personnel, 2018) ; la frontière du coaching avec le conseil s’estompe : « L’Assurance Maladie innove et crée le coaching en ligne Santé Active, pour vous aider à préserver votre santé jour après jour. Gratuit et accessible depuis votre compte ameli, il vous accompagne avec des conseils adaptés à vos habitudes de vie et des astuces à mettre en pratique chaque jour » (Ameli.fr, Sept 2017).

Aussi, de quoi parle t-on lorsque l’on dit coaching? «Il n’existe pas une mais des définitions du coaching (…), les usages et les pratiques du coaching peuvent également être eux-mêmes différents selon les courants de pensée qui animent le monde du coaching ». (DGAFP, Le coaching dans la fonction publique, 2011).

Que ce constat fasse consensus n’exclut pas que la nature du coaching fasse débat.

Historiquement, le coaching vient du monde sportif où le coach, chargé de la préparation mentale des équipes, a remplacé le modeste entraîneur au cours de la période 1950 - 1980.

De ses origines, le coaching en entreprise a conservé la préparation mentale de l’individu à l’exercice de ses responsabilités.

Enfant d’une époque où l’individualisme est devenu synonyme de modernité, la demande de coaching répond à l’assignation faite à l’individu de performer décrite par Renata Salecl (Salecl, La tyranie du choix, 2010).

Le coaching se dilue dans la société au point de faire disparaître le coach. On observe la promotion d’un coaching sans coach : l’auto-coaching, disponible à tout instant. Le coaching tend à devenir un mode de vie.

Mais cela peut-il réellement être ? L’enfant se construit dans et par le regard des adultes qui l’entourent. Cette altérité initiale demeure active toute la vie durant. L’adulte se nourrit de rencontres. L’avènement de soi s’élabore dans l’interaction avec l’autre. L’auto-coaching n’existe pas.

Le coaching doit beaucoup au psychothérapeute américain Carl Rogers. Congruence, pensée positive, empathie sont des fondamentaux du coaching que celui-ci lui emprunte (Rogers, On becoming a Person, 1955).

Cependant la visée du coaching n’est pas thérapeutique. Elle est adaptative. La singularité de l’individu prônée par le coaching est performative, tout à fait au sens où John Austin l’utilise en linguistique (J. Austin, Quand dire c’est faire, 1955): la pratique du coaching implique l’action. Le coaching est riche d’une psychologie comportementalo-humaniste d’origine américaine (Valérie Brunel, Les managers de l’âme, 2004).

Observons que la performance en entreprise est mesurée selon des critères dont les règles de construction échappent à l’individu. Celles-ci sont essentiellement celles du groupe. A l’occasion des entretiens tripartites de définition des objectifs d’un coaching, et bien que ceux-ci soient habituellement codéfinis, les principes sous-jacents qui en assurent la cohérence sont ceux de la culture de l’entreprise. On le comprend car c’est elle qui le finance.

Le coaching chemine ainsi sur une crête étroite. Penche-t-il du côté de la singularité, qu’il fait courir le risque à l’individu d’être exclu du groupe. Penche-t-il du côté de l’efficacité, il se fait agent de normalisation.

La contradiction en fait la complexité et la richesse. Le coaching n’est pas une story telling qui permettrait à l’individu l’accès vers un avenir radieux. Le coaching est un cheminement exigeant tant pour le coaché que pour le coach, bâti sur la rigueur de l’analyse des faits et des émotions et sur la quête jamais achevée d’une authenticité réciproque.

Loin des recettes faciles et des effets d’annonce, le coaching a besoin pour aboutir à des résultats tangibles, d’humilité, de discernement et de respect mutuel.

#Coaching #DeveloppementPersonnel #Management

 

 

 

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du coaching

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Publié le 29 Juillet 2018

 

 

Le #coaching individuel en entreprise se concentre par définition, sur le coaché. Ce parti pris s’exprime au moyen d’une définition préalable des objectifs de développement personnel que le coaché devra avoir atteint au terme du coaching pour un meilleur exercice de ses fonctions.

 

Généralement, ces objectifs relèvent deux catégories : psychologiques et managériaux. Psychologiques : amélioration du relationnel, stabilisation de l’émotionnel, gestion du stress… ; managériaux : développement du leadership, de l’efficience, gestion des priorités… Il arrive que le coaching ait un objectif de pilotage de carrière : prise de fonction, mise en perspective de la trajectoire professionnelle ; ou stratégique : positionnement du coaché dans l’organisation, préparation à des enjeux forts, pilotage d’une transformation…

 

Quelle que soit la situation, le #manager aura à décider et pour autant qu’il soit rationnel, le manager décidera de sorte à ce que son choix lui procure un bénéfice optimal. Bien souvent cependant, le résultat de l’action n’est pas connu du manager en toute certitude.

 

Comment s’y prend-il alors pour arrêter son choix ? La théorie nous dit que la décision optimale est égale au produit de la probabilité de la situation envisagée par la valeur accordée à l’utilité de l’action. Dans l’exemple suivant trop simple, si une situation a une chance sur deux de se produire (0,5) et que l’utilité de l’action est nulle (0), la décision conduisant à la situation envisagée a, comme on peut s’en douter, une valeur de 0,5 x 0 = 0.

 

Mais au moment du calcul, tout se complique. Regardons le premier facteur du produit : la situation. La probabilité attribuée à la situation est-elle bien une probabilité intrinsèque, objective, ou bien ne serait-elle pas plutôt le reflet de convictions toutes subjectives ?

 

Prenons maintenant le second facteur : l’utilité. Sous son air innocent, l’utilité cache un tempérament complexe. Confronté à l’incertitude, il n’est pas certain que le manager fonde résolument sa décision sur le seul calcul des probabilités d’obtenir le gain le meilleur. Son aversion au risque, le poids des usages, la façon dont le problème est posé influence la perception de l’utilité.

 

Nous savons qu’il existe un déterminisme culturel de la décision. Avec l’aide du mathématicien André Weil, #Lévi-Strauss montra que le choix du conjoint est régulé en conformité avec le déterminisme algébrique de la théorie mathématique des groupes (Levi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté). Il existe un déterminisme inconscient des choix de vie. #Freud a mis en évidence que de puissantes forces inconscientes suscitées par le refoulement de blessures narcissiques entraînent pour l’individu la répétition de choix qui s’imposent à lui avec la force du destin (Freud, Au-delà du principe de plaisir).

Herbert #Simon, Prix Nobel d’Economie 1978, relève que l’individu ne dispose que d’une connaissance imparfaite de son environnement. Il ne possède pas les capacités psychiques qui lui permettraient de calculer toutes les options possibles avant de décider. En pratique, il met un terme à sa réflexion dès lors qu’il estime subjectivement être parvenu à une solution satisfaisante. L’individu agit certes de façon rationnelle, mais dans la limite de ses moyens d’investigation. C’est la notion de rationalité limitée (H. Simon, Administrative Behavior).

Il s’ensuit que le manager a une vision imprécise, voire contradictoire de ce qu’il recherche. Comme la plupart des acteurs dans une organisation, l’un de ses principaux moteurs est la quête de l’autonomie. Il n’est pas nécessaire que cette quête soit réellement consciente pour être à l’œuvre. Cependant, ses interactions avec les logiques d’action des autres acteurs créent des effets de système souvent subtils qui s’imposent d’autant plus à tous que leur existence demeure invisible (#Crozier / #Friedberg, L’acteur et le système).

Parce que la rationalité limitée reste un impensé de l’organisation, les acteurs en viennent souvent à confondre le symptôme avec le problème, ce qui est visible avec ce qui est en jeu. Tel coaching sera initié au motif d’une communication défectueuse du manager, d’un leadership à la peine, d’un relationnel difficile, tel autre pour sécuriser une prise de fonction… Tous les regards se tournent vers le coaché. Formalisant la demande, il sera assigné aux objectifs du coaching d’approfondir l’alignement du manager avec les orientations de l’organisation, de travailler les comportements et les valeurs.

Il appartient au #coach de détourner son regard du doigt pour le pointer vers la lune.

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du coaching

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Publié le 9 Juillet 2018

Le coaching s’est développé à un moment bien particulier de l’histoire de la société industrielle du XXème siècle : au milieu des années 70, lorsque le modèle fordiste de production s’essouffle sous les effets conjugués des chocs pétroliers successifs, de l’essor de la concurrence internationale et de l’affaiblissement général de la société patriarcale au profit d’une apparente autonomie plus large des acteurs.        

                     On assiste à cette période à une intensification du travail et paradoxalement à un affaiblissement de la capacité des entreprises à organiser centralement le travail selon des structures stables. La charge de l’organisation est reportée sur un encadrement progressivement atomisé, mouvement qui perdure jusqu’à nos jours et que l’on entend dans les expressions : La solitude du dirigeant et Rendre les salariés acteurs de.

C’est que salariés et encadrement sont appelés à se mobiliser pour gagner la bataille économique engagée par l’entreprise. Un nouvel élan est nécessaire. Il donne naissance dans les années 80 au Leadership Tranformationnel. Le leader n’est plus celui qui adapte son comportement à la maturité de ses équipes (Management Situationnel), il devient alors celui qui s’engage, impulse une vision, suscite la motivation, convainc les équipes à se dépasser.

Le client entre dans l’organisation et détrône l’encadrement de sa place centrale. Les entreprises sonnent la mobilisation générale. Mieux avec moins. La qualité devient le mantra du management. Une société du service se met en place, qui mutera en société de l’immatériel telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans le même temps que l’engagement psychique des salariés est requis à coups de projets d’entreprise, apparaissent les premiers symptômes identifiés comme tels de l’épuisement professionnel, le burn-out (H. Freundenberger, Epuisement professionnel, Brûlure interne, 1985), qui ne cesse de s’étendre.

Le coaching se développe alors comme une réponse à la difficulté des individus à trouver en eux les ressources psychiques et les compétences organisationnelles nécessaires pour répondre à ces profonds changements de paradigme et leurs effets désorganisateurs au plan psychique. Bien des coachings de nos jours mettent en évidence un management désorienté dans d’insondables complexités organisationnelles.

Il n’y a pas de théorie du coaching mais un vaste ensemble de pratiques sans lien entre elles dont l’épicentre commun se situe sur la côte ouest de la Californie.

Il est remarquable d’observer en effet que ses principales sources plongent leurs racines dans des courants aux visées initialement psychothérapeutiques issus principalement de ce coin du monde dans les années 50 : Analyse Transactionnelle, PNL, Palo-Alto ... comme en réponse à une demande collective informulée de prise en charge d’un nouveau malaise dans la civilisation.

60 ans plus tard, dans notre période dont tous les observateurs s’accordent à estimer qu’elle est la fin d’un modèle sans que le prochain soit identifié, la demande de coaching s’est étendue à tous les échelons de l’entreprise et à toutes les strates de la société. Toute relation d’aide tend à devenir coaching. On trouve ainsi le coaching sportif, le coaching de vie, le coaching scolaire, le coaching de son animal préféré…

Le coaching en entreprise doit répondre au redoutable défi d’apporter à ses bénéficiaires les moyens de se mouvoir dans un univers soumis à une accélération permanente et à une incertitude radicale, situation complexe s’il en est. Le coach n’est pas un Deus Ex Machina. Il n’échappe pas au trouble de son époque. Plus que jamais, il gagne à savoir d’où lui vient son art, à désapprendre et à se souvenir que pour chaque situation complexe, il y a une réponse qui est claire, simple et fausse (H.L. Merken). 

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Rédigé par Michel Bré

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Publié le 25 Août 2017

Deux québécois dans les années 1980, Adrien Payette et Claude Champagne se croisent. Le premier enseigne le management, le second est psychologue du travail. Tous deux s’intéressent à l’efficacité des processus collectifs d’apprentissage en milieu professionnel. Payette et Champagne évoquent l’intelligence collective.

 

Tous deux auraient pu s’engager dans une analyse des interactions au sein des communautés de travail, dévoilant des logiques d’acteurs, de constitution de groupe, de reproduction ou de délitement, aussi puissantes que généralement ignorées des acteurs eux-mêmes.

 

Mais Payette et Champagne ont une préoccupation pédagogique. Ils observent que le salarié demeure relativement isolé à son poste de travail. C’est l’effet silo bien connu des managers lorsqu’ils entreprennent de décloisonner. De nos jours, ce phénomène, de collectif (les unités de travail sont enchâssées dans leurs silos), s’est étendu aux individus. On évoque dans ce cas le risque psycho-social, euphémisme pour désigner des pathologies organisationnelles.

 

Pour Payette et Champagne, cet isolement fait obstacle aux apprentissages et à la performance individuelle, à la professionnalisation.

 

Ils ont l’intuition de l’existence d’un lien entre performance et représentation du salarié de sa situation. Le salarié n’est pas efficace simplement en raison de ses compétences techniques. La conscience qu’il a de lui-même dans son environnement joue un rôle à cet égard. L’identité de soi va avec de pair avec la création de valeur.

 

Leur recherche les conduit à élaborer une méthode d’apprentissage en groupe qui tout à la fois : suscite l’implication active des participants dans l’acquisition de nouvelles connaissances ; concourt à leur meilleure compréhension de leurs  contextes de travail ; est porteuse de valeurs collectives : respect, bienveillance, parité.

 

La méthode, simple et efficace, conjugue conduite de groupe par un animateur et études de situations  vécues par les participants. Elle se déroule en six étapes :

 

  1. Exposer de la problématique
  2. Clarification de la problématique
  3. Contrat de consultation
  4. Réactions des participants
  5. Synthèse et plan d’action
  6. Intégration des apprentissages

 

Je renvoie pour plus de détails à l’ouvrage de Payette et Champagne : Le groupe de codéveloppement professionnel, Presse Universitaire du Québec.

 

Ces règles ne sont pas sans rappeler les techniques de résolution de problèmes telles que l’on peut les rencontrer dans des démarches qualité ou de progrès continu. Il s’agit d’exposer un problème, de s’assurer que les termes en sont compris et de mobiliser la créativité du groupe pour dégager des pistes d’amélioration.

 

Mais Payette et Champagne sont portés par un idéal. Dans une très intéressante interview, Claude Champagne en dégage l’esprit. Certes les règles sont facilitatrices du résultat, indique t-il. Mais elles sont secondes. L’essence d’un groupe de codevéloppement est la création d’un espace de parole dans lequel des personnes, volontaires pour échanger sur leurs pratiques professionnelles, observent les autres participants, s’étonnent, apprennent et acceptent de repartir avec de nouveaux éclairages pour l’action (Entrevue avec Claude Champagne, 2013 https://www.youtube.com/watch?v=qfvalKY1lrY)

 

C’est arrivé à ce point que je voudrais souligner la convergence entre codéveloppement et coaching.

 

Posons une hypothèse au préalable qui pourra surprendre : il n’existe pas de définition unique du coaching. Il existe des pratiques au demeurant multiples et des finalités tout aussi multiples. Je distingue ici les premières qui sont en d’autres termes les techniques employées au cours d’un coaching particulier, des secondes, qui reflètent la conception du coaching que se donne le coach.

 

Posons pour l’intérêt de la réflexion, que l’objectif d’un coaching est de rendre possible la création d’un espace de parole dans lequel le bénéficiaire réfléchit à sa pratique professionnelle, observe, s’étonne, apprend, repart avec de nouveaux éclairages ; alors le parallèle avec le groupe de codéveloppement est patent.

 

Est-ce un hasard ? Que l’un des deux dispositifs soit collectif tandis que l’autre est individuel change t-il quelque chose à l’affaire ? Un groupe de codéveloppement ne peut-il être abordé comme un cas particulier de coaching de groupe ?

 

En ceci cette proposition semble nous écarter de la définition de l’animateur de groupe de codéveloppement donnée par Payette et Champagne: facilitateur, expert, formateur et modèle. Certains pourront en effet objecter qu’il n’entre pas dans les attributions du coach d’être expert, formateur et encore moins modèle.

 

Il s’agit plutôt à mon sens d’enrichir la pratique de l’animation des groupes de codéveloppement avec les outils du coaching. Un tel apport permet d’obtenir une sensibilité accrue des participants à leurs processus de prise de conscience, leurs projections, leurs a priori. Il en résulte pour eux une compréhension plus précise de leurs interactions avec leur environnement, un approfondissement de leur propre intériorité et un accroissement en proportion de leurs capacités à être acteurs vigilants au sein des organisations.

 

Au fond, cela n’est rien d’autre  que poursuivre la finalité des groupes de codéveloppement fixés par Payette et Champagne : être un outil de développement et d’élargissement de la zône de pouvoir personnel au sens d’empowerment.

 

Michel Bré, 25.08.17

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Codéveloppement

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Publié le 11 Mars 2017

Votre coach est-il liquide ?

Dans la préface de 1999 qu’il écrivit pour la réédition de son livre The coming of post-industrial industry publié en 1973, Daniel Bell évoque l’avènement aux Etats-Unis de la société de l’information. Nombreux à partir des années 60 du siècle dernier ont été ceux qui faisaient le constat, que l’ère industrielle du fordisme se transformait (Le Défi Américain, J.J. Servan Schreiber, 1970), appelaient à un nouvel humanisme (G. Freidmann, le travail en miettes, 1964) ou exhortait les élites à se réformer (M. Crozier, La société bloquée, 1970).

Les Etats-Unis représentent alors la pointe avancée de cette évolution. Qualifiée à tort me semble t-il de société post-industrielle, les services y prennent le pas sur la fabrication des biens. La centralité du mode de production s’y déplace vers la connaissance et l’innovation comme sources majeures de création de valeur. Bell ajoute que la prise de décision, le decision-making, devient un savoir-faire cardinal du pilotage des entreprises.

La mise sur le marché d’une quantité et d’une variété de biens jamais égalée jusqu’alors donnait parallèlement naissance à la société de consommation. Témoin de ce changement, Bell écrit que les comportements évoluent. Les références culturelles des individus étaient celles de leurs classes sociales, écrit-il. Les préoccupations étaient avant tout économiques : trouver un emploi, se nourrir, se loger.

Les références culturelles deviennent plus mobiles. L’aspiration des individus à se reconnaître dans un statut social désirable prend le pas sur les signes d’appartenance aux classes traditionnelles. Bell donne l’exemple de l’adoption par l’individu d’un style vestimentaire personnel qui devient la marque de son originalité.

Les temps donnaient-ils raison à Emerson ? La vertu la plus prisée est le conformisme. Elle n’a qu’aversion pour la confiance en soi…Celui qui voudrait être un homme doit être non-conformiste. (Emerson, Essays, 1841-1844). Sans doute non, car il se produisait un évènement imprévu. Il existait pour Emerson un cadre fixe qui permettait à l’individu de croire en lui et de s’affirmer, à savoir sa foi religieuse. Dans la société émergente décrite par Bell, les cadres sociaux s’affaiblissent les uns après les autres. C’est la fameuse crise des valeurs.

Nous sommes tant habitués à la société de consommation qu’il n’est pas certain que nous percevions la nouveauté qu’elle fut pour les contemporains de son avènement.

Celle-ci se caractérise secondairement par la production en masse d’objets. Elle est encore moins une société de l’abondance. Pour devenir objet de consommation, il faut que l’objet devienne signe. C’est le signe qui est consommé, écrit Baudrillard (Le système des objets, 1968).

Les experts en marketing connaissent très bien le phénomène. L’objet n’est pas acheté pour sa valeur d’usage, mais pour ce qu’il signifie de ce que l’individu aspire à vivre ou à être. C’est le teeshirt imprimé au visage christique du Che que le touriste porte sur la plage comme une pensée de révolution sans la révolution. Ce sont les chaussures de sport qu’exhibe l’adolescent au collège comme le témoignage acté d’exploits rêvés. C’est l’ordinateur à la pomme qui indexe son utilisateur au registre des individus libérés des contraintes de la technique.

La société de consommation n’est pas une société du besoin écrit Baudrillard, car dans ce cas elle finirait par rencontrer la satisfaction. Elle est la société du manque insatiable. Tandis que l’individu n’a de cesse de satisfaire son besoin d’être unique par l’accès à des biens convoités, il atteint à cette unicité dans l’acquisition d’objets standardisés qui le rendent semblable à tous les autres. Il suffit alors à la publicité de dévaloriser l’objet par la production de nouveautés pour susciter le manque.

Le temps social s’emballe. La société est devenue une société de l’instant. L’obsolescence accélérée des savoirs y est constitutive de son mode de production. Les relations sont frappées d’une date de péremption. L’engagement est provisoire. Le client est volatile. Les couples sont éphémères. Aux lourdes structures patriarcales et autoritaires de la société industrielle font place des réseaux aux liens fragiles de pairs à pairs, précaires, qui se font et se défont. La construction du Moi, on dit aujourd’hui la production de soi, est devenu un enjeu quotidien de l’individu. La différenciation individuelle est un auto-référencement, une recherche du vrai moi qui serait enfoui au profond de soi-même. Zygmunt Bauman parle d’une modernité liquide dont les formes résistent mal aux pressions (Bauman, Liquid Life, 2005).

Notons que la production de soi par l’individu, historiquement, n’est pas une création de la société de l’information et de la consommation. Dans un texte un peu ancien mais dont l’actualité demeure, Norbert Elias observe que dans les sociétés industrialisées d’avant la seconde guerre mondiale, le degré atteint par l’individualisation génère de considérables tensions avec la complexité des réseaux d’interdépendance dans lesquels l’individu est inséré. Il souligne l’isolement de l’individu dans nos sociétés, la contradiction entre son désir d’être quelque chose pour soi-même et l’appartenance au groupe (Elias, La société des individus, 1939).

C’est en fait à un approfondissement du conflit entre la société et l’individu auquel on assiste depuis plus d’un siècle en défaveur de ce dernier. L’individu, écartelé entre ses désirs d’unicité et d’appartenance est sommé de trouver en lui les ressources nécessaires qui auraient été par le passé dévolues à l’action collective. Un indicateur du désarroi induit est la statistique rapportée par Alain Ehrenberg. Entre 1972 et 2000, les livres de self-help sont passés de 1,1% à 2,4% de l’ensemble des publications aux Etats-Unis et les américains leur ont consacré environ 700 millions de dollars en 2005 (A. Ehenberg, La société du malaise, 2010).

Ce conflit s’est manifestement approfondi au cours des années 70 du siècle dernier lorsque les entreprises ont recouru à la mobilisation individuelle de leurs salariés pour réagir à un développement violent de la concurrence. Les veilles organisations fordiennes ne parvenaient plus à répondre aux besoins de réactivité et de flexibilité. L’individu devenait la maille pertinente. (Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, 1999).

L’approfondissement du processus d’individualisation qui s’effectue dans ces conditions a un coût dont on connaît les termes : perte de sens, stress, burn-out (Aubert & de Gaulejac, Le coût de l’excellence, 1991). Mais il est rendu plus difficile et anxiogène sous l’effet de toutes sortes d’injonctions dont on trouve des exemples à l’infini dans la publicité, l’entreprise, la famille : Restez jeune ! Soyez flexible ! Soyez de bons parents ! Et finalement, Décidez ! (R. Salecl, La tyranie du choix, 2012). Avec cette dernière injonction, le decision-making des entreprises post-industrielles identifié par Bell s’est diffusé jusque dans l’intimité des individus.

Sous cette avalanche, en réaction à la difficulté d’atteindre son moi authentique, les offres d’une aide certifiée ou autoproclamée ne manquent pas, écrit Bauman. Mais le coach contemporain de la société liquide peut-il échapper au destin collectif ? Peut-il être le repère solide et permanent grâce auquel l’individu en production de lui-même s’éloignerait de l’océan des paradoxes?

Il semble en tout cas qu’il ait pris le chemin de l’ingénieur. Ne parle t-on pas des outils du coaching ? Ne dit-on pas faire un travail sur soi-même ? Sans que l’on sache très bien s’il s’agit de celui de la femme en couches ou de celui de la production de marchandises.

Considérons avec prudence les solutions opératoires standardisées qui nous promettent en quelques leçons bien apprises des lendemains qui chantent. Paul Ricoeur a écrit : Toute problématique de l’identité personnelle va tourner autour de cette quête d’un invariant relationnel, lui donnant la signification forte d’un invariant dans le temps. (P.Ricoeur, Soi-même comme un autre, 1990).

Souhaitons que le coach trouve en lui la consistance d’une organisation interne qui ne fuit pas avec la liquidité du temps.

Michel Bré

3 mars 2017

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #Théorie du coaching

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Publié le 18 Septembre 2014

Résumé de l’article

Avec cet article se termine la série consacrée aux présupposés implicites dont se sont inspirés Bandler et Grinder pour imaginer la PNL.

Trois thèmes sont ici abordés : la parenté occultée de la PNL avec le mouvement millénariste du New-Age; l’hypothétique référence, bien que maintes fois affirmée par ses inventeurs, de la PNL au célèbre hypnothérapeuthe Milton H. Erickson ; le recours erroné aux concepts de la grammaire générative de Chomsky pour expliquer le fonctionnement inconscient du cerveau.

PNL et New Age, une parenté occultée

Jamais, à ma connaissance, Bandler et Grinder ne mentionnent dans leurs ouvrages l’influence qu’eut le mouvement New-Age sur leur conception de notre relation au monde. Ils en partagent pourtant le point de vue.

Le New-Age est un mouvement qui se développe aux États-Unis dans les années 60. Provoqué par le désarroi que les tensions de la société consumériste exercent sur l’ancien cadre, il amalgame tendances sociétales nouvelles et croyances mystiques anciennes sans préoccupation des contradictions. Il dégrade toute pensée dont il s’approche: Confucius, Boudha, Tocqueville, Orwell, Teilhard de Chardin,... et tant d’autres convoquées, niant leur spécificité, leur histoire et leur complexité. En son épicentre, une idéologie libertarienne qui ne dit pas son nom : la société se libèrera du carcan des organisations centralisatrices par une métamorphose de la conscience de soi. Pour cela, il est nécessaire de changer notre représentation du monde (Marilyn Ferguson, The Aquarian Conspiracy - 1981). Nous retrouvons le thème des croyances, cher à la PNL.

Le mouvement New-Age est convaincu de l’avènement prochain d’une ère nouvelle où l’esprit humain réalisera cette transformation. Pour faciliter ce passage, toutes sortes de pratiques sont promues. Marilyn Ferguson, propagandiste du mouvement, en cite pas moins de dix-neuf: l’isolement sensoriel, la musique, le sport, mais aussi le bouddhisme tibétain, la cabale, l’étude des miracles, l’improvisation théâtrale... (Marilyn Ferguson, The Aquarian Conspiracy).

Leur finalité commune, selon l’auteur, est d’amener le cerveau, sous l’effet de stimulations diffuses et monotones, à relâcher le contrôle de notre esprit rationnel sur notre conscience et à accéder à une face cachée de notre cerveau riche de ressources inexploitées. De nouveau, nous sommes ici en présence de deux thèmes favoris de la PNL : le contrôle du cerveau (Richard Bandler - Using your brain, 1985) et de l’accès à un monde caché (voir Aux sources de la PNL, 2/3).

Naturellement, les stimulations évoquées par Ferguson évoquent la conduite d’une transe hypnotique. L’hypnose est d’ailleurs l’une des techniques mentionnées par Fergusson. Nouvelle convergence avec la PNL (Bandler& Grinder, Trance-formations, 1981).

Michel Lacroix souligne que le mouvement New-Age s’inscrit dans une pensée du résultat qui s’oppose à une pensée de la recherche de l’explication du monde (Michel Lacroix, L’idéologie du New-Age - 1996). J’ai souligné de mon côté un aspect assez semblable de la PNL présent par sa référence au pragmatisme de William James (Aux sources de la PNL, 2/3).

Je pense qu’il est sans doute aussi possible de découvrir dans la fonction accordée au cerveau par le New-Age et la PNL, l’effet d’une vulgarisation sommaire de la cybernétique, alors au sommet de sa popularité. La cybernétique, dont l’objet est l’étude scientifique des systèmes artificiels et naturels, avait en effet postulé un principe d’identité entre intelligence artificielle et intelligence humaine (Norbert Wiener - Cybernetics and Society - 1950). Cerveau et ordinateur devenaient ainsi identifiables l’un à l’autre. Il était devenu commun, dans l’ignorance où l’on était du fonctionnement du cerveau, de faire de l’ordinateur son modèle. Robert Dilts, disciple de Bandler et Grinder, relie explicitement la PNL à la cybernétique (Roots of neuro-linguistic programming, 1976).

La PNL et le New-Age manifestent un rapport semblable au réel et à sa connaissance. Les deux emploient la métaphore de la même manière en lieu et place de la démonstration, qu’aucune contradiction n’est susceptible remettre en cause. Monique Esser, professeur à l’Université Catholique de Louvain et formatrice PNL, reconnaît cette situation et la justifie en affirmant que les concepts inconciliables que mobilisent Bandler et Grinder ne le sont pas en PNL, par la vertu de leur pensée post-moderne (La PNL en perspective – 2003).

La PNL, héritière de la pensée de Milton H. Erickson ?

Il n’y aurait peut-être pas eu de PNL sans l’intérêt que Bandler et Grinder ont porté à Erickson. Ce dernier s’était intéressé à l’hypnose médicale dès ses années d’études dans les années 1920. Décrit comme un hypnothérapeute très doué par ses contemporains, Bandler et Grinder établissent avec lui une collaboration comme beaucoup d’autres, notamment autour de L’École de Palo Alto, dans l’intention de modéliser son art afin de le traduire en techniques qui pourraient être enseignées.

Cette collaboration a fait en particulier l’objet de Patterns of the Hypnotic Technique of M.H.Erickson (vol 1- 1975). Bandler et Grinder ont beaucoup observé Erickson et affirment être parvenus à objectiver ses techniques. Mais ils vont plus loin. Ils affirment avoir découvert à cette occasion les schémas mentaux qui régissent nos croyances et nos comportements. La description qu’ils font de ces schémas (model) évoquent néanmoins davantage le behaviorisme de Watson ou Skinner que l’infinie complexité du système nerveux central que nous ont fait découvrir depuis les neurosciences (Denis le Bihan - Le Cerveau de cristal – 2012).

Erickson insistait déjà sur cette complexité qui empêchait, selon lui, d’expliquer de façon satisfaisante le fonctionnement du cerveau (Séminaire de Seatttle -1965). Sans doute, l’éditeur de Patterns of the Hypnotic Technique of M.H.Erickson n’a t-il pas prêté une attention suffisante au clin d’oeil malicieux d’Erickson rédigée pour la postface de l’ouvrage. Le livre de Bandler et Grinder, écrit-il en résumé, est une ravissante simplification de mon travail, dans laquelle j’ai appris beaucoup.

Mais surtout, pour Erickson, la transe hypnotique est le résultat d’un échange émotionnel unique entre le thérapeute et le patient. La singularité du lien est essentielle. Le thérapeute doit trouver en lui la manière de l’établir. Il doit conserver intacte sa capacité de se laisser surprendre par l’inattendu qui surgit de la relation.

Erickson ne croit pas à la possibilité de disposer d’un modèle technique d’accession à la transe hypnotique. Sa leçon est d’une toute autre nature que celle de Bandler et Grinder. Elle pointe l’importance d’une relation dans laquelle deux personnes, l’hypnothérapeute et le patient sont dans l’attente l’un de l’autre et interagissent l’une à l’autre.

Cette interaction, cela n’est pas sans évoquer la psychanalyse, passe par la sollicitation chez le patient d’associations d’idées qu’Erickson désigne sous le terme d’apprentissages. Elle s’effectue aussi beaucoup par le truchement de la voix, de son rythme, de son expression. Au fond, comme on peut s’en rendre compte dans l’enregistrement suivant, Erickson souligne la dimension corporelle de l’hypnose : (https://www.youtube.com/watch?v=g172y9KIu6Y)

Il ne fait pas de doute que Bandler et Grinder ont étudié l’hypnose auprès d’Erikson et ont à son contact acquis des techniques de la transe hypnotique (Bandler, Time for a change, 1993). Ce qui est en cause, c’est leur prétention d’en avoir découvert les mécanismes et le vêtement arlequin avec lequel ils habillent leur démarche. Un dernier exemple illustrera cet emploi façon New-Age de références académiques.

Une utilisation à contresens, celle de la référence à la linguistique de Noam Chomsky

Les années 60-70 ont été les témoins d’un puissant renouveau de la linguistique, sous l’impulsion en particulier de Noam Chomsky. Celui-ci révolutionne son domaine en postulant l’existence d’une capacité génétiquement déterminée de l’esprit humain de permettre à l’enfant d’apprendre la grammaire de sa langue maternelle à partir des éléments contextuels à sa disposition.

Cette capacité résiderait dans l’emploi par l’enfant d’un système inné de règles qui combineraient entre elles les propriétés phonétiques, syntaxiques et sémantiques de la langue. Cette propriété de l’esprit permettrait d’engendrer toutes les phrases possibles d’une langue.

Chomsky distinguent deux niveaux d’opérations mentales: un niveau initial, appelé structure profonde, et un niveau dit structure de surface. Un jeu de transformations complexes des éléments linguistiques d’un niveau à l’autre conduirait à la formation finale de la phrase.

Ces structures sont des abstractions logiques appliquées à la linguistique. Chomsky reconnaissait qu’aucune observation psychologique ne venait confirmer ses hypothèses (Théories du langage-Théories de l’apprentissage/Royaumont – 1975).

La complexité de la théorie de Chomsky s’exprime bien dans la précision qu’il apporte de ce que la structure de surface est tout aussi profonde que la structure profonde. Cette dernière ne doit pas être comprise dans le sens littéral de profondeur. Cette confusion qu’il regrettait l’amena à abandonner l’expression de structure profonde (Reflections on Langage - 1975).

En affirmant que la théorie linguistique de Chomsky est l’explication la plus aboutie du comportement humain (The structure of Magic, 1975) et qu’elle leur a servi de modèle pour l’étude de l’hypnose (Patterns of the Hypnotic Techniques of Erickson - 1975), Bandler et Grinder nous indiquent simplement qu’ils emploient les concepts de Chomsky dans un sens erroné et qu’ils n’ont conduit aucune étude comparée de leurs « explications » avec les principales théories psychologiques de leur temps, que ce soit le behaviorisme, la psychanalyse ou le constructivisme de Piaget.

En guise de conclusion

La PNL a fortement pénétré le monde des praticiens du développement personnel et professionnel, coachs, formateurs, écoles de gestion.

Il n’est pas trop tard pour nous souvenir, au pays de Descartes, que le doute est l’un des éléments du progrès de la connaissance.

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #PNL

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Publié le 16 Octobre 2013

P1060155

 

 

Résumé de l’article


J’ai montré dans l’article précédent de quelle façon les inventeurs de la PNL pensaient pouvoir tirer partie des croyances mystiques de l’écrivain et essayiste Aldoux Huxley pour rendre compte du fonctionnement de notre conscience.

Je voudrais montrer dans celui-ci comment cette pensée mystique s’inscrit dans une adhésion à la recherche de l’efficience du capitalisme industriel.

 

 

Les racines philosophiques de la PNL explicites : Vaihinger

 

Bandler et Grinder, s’appuient, dans The structure of magic, sur les conceptions du philosophe allemand Hans Vaihinger (1852-1933) pour expliquer le fonctionnement du cerveau.

 

Vaihinger s’inspire pour partie de Kant. Il remarque que ce dernier utilise fréquemment l’expression « faire comme si » pour exprimer, selon Vaihinger, que nous sommes contraints dans certains cas, de considérer comme vraies des propositions invérifiables pour pouvoir  poursuivre un raisonnement et déboucher sur des conclusions théoriques ou pratiques acceptables.

 

Cette réflexion de nature logique, Vaihinger cherche à en trouver les fondements dans le fonctionnement de l’esprit humain. Son époque ne dispose toutefois pas des connaissances scientifiques qui lui permettrait de poser correctement le problème.

 

Il postule que les hommes sont plongés dans un violent chaos d’informations inorganisées provenant de notre environnement naturel. La fonction du psychisme serait de filtrer et transformer ce flux continu pour en réduire l’intensité à un niveau compatible avec nos capacités mentales et nous permettre de survivre.

 

Malheureusement, selon Vaihinger, l’information initiale serait irrémédiablement altérée par ce filtrage au point de rendre impossible sa reconstitution a posteriori. Nous ne pourrions avoir de notre milieu qu’une information pratique sans espérer en connaître la réalité véritable. (Die Philosophie des als ob - 1911).

 

Bien que le raisonnement de Vaihinger ne repose sur aucune donnée clinique et reflète une grande ignorance de la psychologie, Bandler et Grinder, soixante ans plus tard, s’en emparent. Ils avancent à leur tour que nous ne vivons pas directement au contact du monde réel, mais dans un autre, construit par notre subjectivité.

 

Ceci se comprend mieux si nous nous souvenons que Bandler et Gringer croient comme Huxley à l’existence mystique d’un monde caché à nos sens, au delà du monde perçu (cf article précédent).

 

Vouloir faire coïncider ainsi la théorie à ses idées préconçues porte un nom : celui d’idéologie.

 

Les racines idéologiques implicites de la PNL : un certain emploi de William James

 

Contemporain de Vaihinger, un philosophe américain doit retenir notre attention si l’on veut cerner les sources d’inspiration des inventeurs de la PNL, il s’agit de William James.

James n’est jamais évoqué par Bandler et Grinder. C’est un théoricien du pragmatisme, courant philosophique du dernier quart du 19ÈME siècle. Le pragmatisme est selon lui une méthode de pensée qui n’accorde de valeur qu’aux seuls effets concrets des idées dans la réalité. Toute considération théorique qui n’aurait pas de tels effets n’est selon lui, que vaine spéculation (Pragmatism - 1907).

 

James prend l’exemple des sciences. Celles-ci se heurtaient de son temps à des contradictions qui semblaient insurmontables à l’esprit humain. Il en déduit que si les théories scientifiques se contredisent sans qu’aucune ne puisse rendre compte fidèlement de la réalité, c’est qu’elles ne sont que des conventions. Ce sont des langages, écrit-il, que l’on utilise en fonction de leur utilité à classer nos observations.

 

James établit une équivalence entre vérité et utilité. Est vrai ce qui est utile. L’utilité d’une connaissance pouvant évoluer selon les circonstances, il en sera de même pour son caractère de vérité.

 

Bandler et Grinder partagent cette conception. Leur intention est de mettre au point des outils qui aideront les thérapeutes à modifier les représentations mentales de leurs patients, et n’ont d’autre préoccupation que l’utilité pratique de ces outils. En particulier, ils n’estiment pas nécessaire d’interroger la signification de leurs résultats, ou ce qu’ils prennent pour tels (The Structure of Magic). Il leur suffit d’arriver à un résultat.

 

Des années après la parution de ce premier ouvrage, Bandler écrit encore que la seule chose utile pour contrôler le fonctionnement du cerveau, est de disposer de quelque chose qui marche, la connaissance des processus psychiques ne présentant aucun intérêt car n’étant d’aucune utilité pour l’objectif visé (Using your brain for change - 1985).

 

J’aborderai dans un troisième article l’influence d’Erikson, célèbre spécialiste de l’hypnose, sur Bandler et Grinder. Mais remarquons déjà que dans une formulation qui anticipe la définition qu’Erickson a donné de l’inconscient, James estime qu’il est utile de disposer en mémoire d’idées qui seront vraies le jour où on en aura besoin et qui deviendront alors notre nouvelle croyance (Pragmatism).

 

Mon hypothèse, on l’aura compris, est celui d’une généalogie de la pensée qui s’étend du pragmatisme de James à celui, implicite, de Bandler et Grinder.

 

 

Les racines industrielles de la PNL : la recherche de l'efficience

 

Il reste à aborder un aspect jamais souligné lorsqu’il s’agit de PNL, à savoir sa participation au développement de la culture industrielle.

 

A l’aube du XXème siècle, le capitalisme industriel est en plein essor. La productivité est devenue une préoccupation majeure des entrepreneurs et des nations. Taylor introduit The principes of scientific management par une référence au Président Roosevelt, qui, dans une adresse aux Gouverneurs de la Maison Blanche, place l’efficience des États - Unis au cœur de la préservation des ressources du pays.

Avec la division du travail introduite par le taylorisme, la simplification des gestes et la perte de la connaissance des métiers qui s’ensuivent pour l’ouvrier, s’établit une équivalence entre l’homme et la machine. Les deux deviennent le robot de l’autre. Charly Chaplin l’illustre admirablement d’une façon poétique dans les Temps modernes, ou Fritz Lang dans Metropolis.

Pour Vaihinger également, l’efficience est au cœur d’une conception de l’homme qui reprend cette équivalence. Le psychisme, écrit-il dans Die Philosophie des als ob (paru la même année 1911 que l’ouvrage de Taylor !), remplit les mêmes fonctionnalités que celles d’une machine-vapeur. C’est une machine à optimiser notre énergie, dont le but de rendre l’organisme capable d’exécuter ses mouvements avec la plus grande efficience possible.

Héritiers de Vaihinger, nous retrouvons le modèle de la machine chez Bandler et Grinder. Le cerveau est pour Bandler un véritable ordinateur (Using your brain for a change) qu’il s’agit de contrôler si l’on souhaite accroître son efficacité. Certes, il ne s’agit plus de la machine-vapeur de Vaihinger, les temps ont changé.

 

Dans cette conception, le psychisme s’apparente à un organe. Bateson, dont on connaît l’influence sur les inventeurs de la PNL, posait d’ailleurs la question à Chomsky de savoir si le langage était un organe, lors d’un colloque au Centre Royaumont en 1975. Comme tel, il serait possible d’en modifier le fonctionnement, sans pour autant modifier l’intégrité psychique de son propriétaire. Les outils du thérapeute font alors penser à ces verres d’essai que l’ophtalmologue fait passer devant les yeux de son patient, qui modifient l’acuité de la vue sans en modifier la personnalité. Le symptôme constitutif de la vérité du sujet n’existe pas. Bandler et Grinder ne connaissent que des habitudes inadaptées, sources de handicaps.

 

 

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Rédigé par Michel Bré

Publié dans #PNL

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